31 janvier 2007
La survivante

En résumé, les gares et leurs environs laissent un acre impression de mort, d'après-épidémie où de rares survivants, vaquant à leurs occupations, tentent de simuler un semblant ou un reste de normalité.
25 janvier 2007
Petite mère

Petite mère, as-tu la moindre idée de là où tu te rends ?
30 décembre 2006
Le peuple

Le peuple est une notion assez floue. Qui ne ne recouvre pas exactement la masse des votants potentiels. Ou le nombre des moutons à tondre. Ce qui est un peu la même chose. Ni même le nombre d'habitants d'un pays donné. Encore que ce soit la définition la plus approchante.
Non, là-bas, le peuple, c'est un mec et une gonzesse, sérieux comme des papes qui encadrent un gugusse avec un bonnet ridicule sur la tête, qui montre un truc en l'air et tient les tables de la loi contre lui.
23 novembre 2006
Le planteur d'ombres

L'homme qui laisse ses ombres comme des flaques de boue sur la chaussée a le bon goût de les colorer, en ingérant chaque matin un pigment différent, composés metalliques plutôt dangereux, qui pourraient l'inciter à restreindre cette léthale boulimie. Mais il est animé d'une sorte de sens du devoir et du sentiment très net de l'ennui qui se saisirait de lui si d'aventure il laissait la routine s'installer. Et quand je dis se saisirait de lui, ce n'est pas une formule de style ; l'ennui lui sauterait à la gorge et tenterait de l'étrangler, comme il a failli le faire à de nombreuses reprises. Ce qui explique l'hygiène de vie de cet homme.
30 octobre 2006
Honte pour eux

J'ai toujours eu honte pour les autres. Enfin, pas forcemment honte. J'ai mal pour eux. Quand le mal-être va se révéler, je viens en eux, me saisis de leur douleur, la fais mienne, et je sens entre mes côtes quelque chose qui écrase mes poumons jusqu'à ce que je ne puisse plus respirer.
Comme ce spectacle où nous étions trois. Trois seulement dans une salle prévue pour 400. Les deux devant qui se jetaient des coups d'oeil pour se jauger, pour se décider l'un l'autre à s'enfuir. Et moi derrière rouge de honte à la pensée du type qui allait venir sur scène, planté devant son micro, qui allait compter aisemment les spectateurs. Qui allait se dire « 3 seulement, 3 sont venus pour me voir, moi, seulement 3 », mais comment allait-il faire pour exécuter quand même son one-man-show, et moi, j'avais mal et honte en même temps parce que je voulais partir, parce que je ne voulais pas assister à cela ...
24 septembre 2006
Le gosse

Mon fils, je le voudrais comme cela. Parfait, de porcelaine. Sans vie et sans douleurs, le regard indifférent au monde qui l'entoure. Il ne saura evidemment jamais à quoi il a échappé, mais peut-être, un jour, en lisant quelques pages de mon journal de bord, devinera-t-il, entreverra-t-il les sacrifices auxquels j'ai consenti et les déformations auxquelles je l'ai astreint.