29 novembre 2006
Le golem

Le golem en hiver se couvre bien, Maman golem, l'ayant sermonné, et s'habille de couleurs vives. Ce n'est pas sa saison, les gens l'ont plutôt en sympathie, à la bonne, lui paient même des grogs et jusqu'à ses yeux d'argile qui n'arrivent pas à effrayer le quidam ...
23 novembre 2006
Le planteur d'ombres

L'homme qui laisse ses ombres comme des flaques de boue sur la chaussée a le bon goût de les colorer, en ingérant chaque matin un pigment différent, composés metalliques plutôt dangereux, qui pourraient l'inciter à restreindre cette léthale boulimie. Mais il est animé d'une sorte de sens du devoir et du sentiment très net de l'ennui qui se saisirait de lui si d'aventure il laissait la routine s'installer. Et quand je dis se saisirait de lui, ce n'est pas une formule de style ; l'ennui lui sauterait à la gorge et tenterait de l'étrangler, comme il a failli le faire à de nombreuses reprises. Ce qui explique l'hygiène de vie de cet homme.
21 novembre 2006
Les choses-vieillardes

J'ai déjà dit et redit la tendresse que j'éprouve pour les objets, surtout lorsqu'ils sont blessés, mutilés, oubliés, à l'abandon. Leur tristesse semble palpable, leur modestie les honore. Il y a paradoxalement plus d'humanité dans une vielle boite de conserve aux couleurs délavées par le soleil que dans maints discours mensongers et appris ou même que chez tant de personnes qui ont laissé la dite humanité au vestiaire, paradant alors avec le nécessaire de survie en milieu urbain.
Plus encore que les animaux, les objets orphelins ne trahissent jamais, restent à vos côtés avec leurs pauvres matières corrodées ou désagrégées par la pluie et surtout respectent votre silence.
17 novembre 2006
Vision plate

J'ai un problème. Mauvaise appréciation des constrastes. Au crépuscule, entre chien et loup, je n'y vois rien. J'évite d'ailleurs de conduire durant cette période. je me meux alors dans de grands aplats grisâtres d'où rien de saillant ne semble émerger. Dans ce monde, dans mon monde, du gris palichon au gris cuivré, j'attends que les pouvoirs publics mettent en place les panneaux signalétiques tout-temps, ce qui m'évitera par exemple de me prendre du 30000 volts ou de passer sous un train, tout ça par erreur et incapacité à y voir.
14 novembre 2006
Kill them all !

Les pigeons, c'est comme les flics. C'est moche et ça s'habille en bleu. Encore que les flics aient une véritable utilité et fonction pubique. Et ils ne chient pas sur les bâtiments historiques, les flics. C'est une engeance les pigeons. Vulgaire et difforme est le pigeon ; on ne l'imagine pas sauver un alpiniste pris dans une avalanche ou endormir un bébé par son ronronnement. Le sublime lui va comme un pyjama rose à un lapin ; imagine-t-on un pigeon mourir d'amour, inspirer les poetes souffreteux et ce n'est pas pour rien que Zeus s'est transformé en cygne pour séduire l'une de ses conquêtes et non pas en un de ces déversoirs à fiente. La belle s'en serait allée, ça ne fait pas un doute.
11 novembre 2006
Les sales bêtes

Les sales bêtes à fourrure ont pour elles d'inspirer un vague sentiment de peluche quand bien même elles bouffent tout dans la maison et creusent des tranchées dans le jardin. Aussi hésite-t'on à prendre le fusil pour leur coller du plomb bien chaud dans le corps, et à exposer leur tête au dessus de la table du salon, comme une vulgaire gueule de cerf. Les enfants pleureraient, refuseraient de manger et même la maitresse de maison sentirait des regrets lui remonter à la gorge, venus de ses jeunes années.
08 novembre 2006
Jupe-culotte

Madame, madame !
Mais arrêtez-vous donc !
Oui, vous ... Je vous l'ai dit mille fois. Mais si vous me connaissez ! Je suis derrière vous à chaque fois que vous prenez ce virage. Et je ne cesse de vous répéter que les jupes-culottes, c'est d'un laid ... mais d'un laid ! Ca vous fait des mollets de coureur cycliste. Mais oui, je me permets !
Depuis le temps que je suis là, derrière vous .... Pensez que j'en ai des droits !
Vous pouvez bien appeler la police ; je leur dirai ce que je viens de vous dire. Comptez sur moi !
05 novembre 2006
Rothko ou Motherwell

Un jour je trouverai. Marre du figuratif, des soi-disantes émotions programmées et célébrées par les cuistres qui ne se sont jamais remis des bouleversements du début du XXème siècle. Je m'en tamponnerai violemment du cadrage, de la composition, de l'humanité de ce qui est capté. De tous ces machins que l'on retrouve depuis le quatrocento jusqu'aux barbouilleurs de poulbots de la place du Tertre, qu'on enfonce à coup de masse dans les têtes encore molles à l'école.
Un jour, moi tout seul, je ferais du Rothko ou du Motherwell, oui monsieur, avec mon appareil qui fait « clic-clac » et puis « djizzz » quand ça se loge en mémoire.
Ouais, Rothko ou Motherwell.
Pas moins.
En attendant, y'a du boulot ...
04 novembre 2006
Pause à venir

A la fin de la semaine prochaine, je pars à Pekin pour une dizaine de jours. Pas de panique, the Eldorado-stuff-machine continuera à ronronner toute seule avec défécation à peu près tous les trois jours.
Enjoy !
02 novembre 2006
Cuisses underground

Dans le métro. Une cuisse qui apparaît. Fin de cuisse sur genou. Pas de quoi crier au miracle. Alors continuer à tirer la gueule et à fixer le sol, parce que le métro est comme un purgatoire, un endroit morne d'où tout plaisir et toute rêverie doit être exclu. Alors qu'il suffirait de glisser une main pour sentir la finesse du grain de peau, de ramener ses doigts aux narines pour se délecter de la fine odeur, légères échappées de musc depuis le triangle brouillon. Et puis, allez, on y passerait la langue sur ce velouté de chair, on écarterait les pans de la jupe pour que toute cette masse de saveur soit à disposition, on tisserait une dentelle de salive légère, jusqu'en haut, oui, jusqu'à ce que ces sécrétions labiales détrempent la culotte et permettent aux fines verticales de se dessiner ...
Il suffirait, disais-je ...
Il suffirait ...
Oui, il suffirait, sans même regarder le visage de cette femme, pas la peine, et l'on partirait du wagon, une fois la destination atteinte, en courant, sans se retourner, le menton et le cou quasi-ruisselant, de ses saveurs, de ses parfums ...
Il suffirait ...
On ne peut pas, c'est tout.
C'est le métro ...