30 août 2006
Le Père du Petit Père des Peuples

Te souviens-tu, Nacha ?
Te souviens-tu, si nous avions existé bien sûr.
Nous nous serions rencontré devant le mausolée.
Oui, disons que ç'aurait été le cas.
Il y aurait eu le traditionnel défilé militaire. Dans les années 30, a peu près.
Nous aurions été côte à côte dans la foule à regarder les chars d'assaut avec leur bruit de crustacés blindés.
Et tu m'aurais remarqué, malgré ma peu engageante figure. Tu aurais tourné la tête vers moi et tu m'aurais pris la main. Comme ça, tout de suite. J'aurais incliné mon visage et je t'aurais embrassé. Oui, oui, direct, au bout de 20 secondes. Je sais que ça n'arrive que dans les livres. Et encore. Mais ç'aurait été comme ça, et pas autrement. Quel intêret à nous inventer, Nacha, si nous devions être banals à pleurer ?
Evidemment, tous les gens à l'échine courbée nous auraient vus et enviés. Tous ces gens, jaloux, bien sûr, mais en même temps ravis d'échapper au climat délétère de la Grande Terreur et de saisir au vol quelques éclats de soleil tombés au sol. Quelques miliciens nous auraient dévisagés, maussades. Cela va de soi.
Nous aurions été tellement beaux, Nacha. Et puis nos langues se seraient touchées.
27 août 2006
Under the big red sky

Pour échapper au monstrueux ciel rouge, plombé de soleil, il nous
restait la cave et sa fraîcheur de sous-sol. La cave et ses néons
bleus, dispensateurs d'un léger halo givré. Le silence mat qu'imposait
leur scintillement presque indiscernable.
Là, nous pouvions enfin nous embrasser sans que nos lèvres ne se muent en éponges poisseuses.
26 août 2006
17ème jour

17ème jour de tournage : la pièce qui ne mène nulle part me regarde d'un sale oeil ....
20 août 2006
Warm feet in Brussel

Un jour je raconterai la nature des jambes polies naissant de ce pied saisi dans la bousculade, la chaleur et la luminosité anormale de Bruxelles en ce mois de juillet.
Je me raconterai comment de jambes en cuisses, quelque chose a disparu sous la jupe légère. Quelque chose qui m'a fait trébucher. Et j'extrapolerai un dos necessairement nu à la musculature finement mais fermement dessinée, couleur d'or un peu brûlé. Et l'indispensable décolleté au sillon investi par un torrent de tâches de rousseur ou délicatement réhaussé de grains de beauté.
Les lèvres, j'oubliais les lèvres. Un rien dessechées ; une minuscule perle de sueur à sa plus lointaine extrémité.
15 août 2006
Les pénitents

Les pénitents enmaillotés appellent la pluie.
Vivants votifs à nuées dans la toile goudronnée.
Corps punis ensués à comptabiliser le farenheit.
Mauvais sujets plantés dans le plomb d'aout.
Et le soleil s'en moque.
Depuis trois jours.
Ou même quatre.
La pluie reste au frais à siroter du thé glacé.
10 août 2006
Mystère des belles endormies

Un jour, je ne me demanderai plus pourquoi le t-shirt cache toujours fort inopportunément les seins.
Ni pourquoi le bord du cadre masque le saint des saints.
Ni pourquoi la main de la belle endormie semble m'appeller à contretemps.
Ni pourquoi l'amorce des hanches reveille d'informes souvenirs d'humus.
Un jour je saurai enfin pourquoi je ne suis pas resté dans ma chambre à collectionner des timbres.